Fidèle à sa veine militante, Romain Goupil propose avec Les Mains en l’air une fable politique traitant du sort des enfants sans papiers en France menacés d’expulsion. Un sujet loin d’être inintéressant, mais qui est ici traité avec de telles maladresses que le film ne suscite qu’un sentiment d’irritation.

22 mars 2067, une femme d’âge mûr se remémore son passé. Milana, tchétchène en CM2 immigrée en France, aime passer du temps avec sa bande d’amis, Blaise et sa petite sœur Alice (4 ans), Ali, Youssef. Après l’expulsion d’un de leurs camarades africain, Milana est à son tour menacée. Pour la protéger, la mère de Blaise et Alice, Cendrine (Valéria Bruni Tedeschi) décide, avec la complicité de la directrice de l’école, d’accueillir temporairement la petite dans sa famille. Lorsque le danger devient imminent, les enfants fuguent et se mettent à l’abri dans le repère qui hébergeait auparavant leurs jeux.

C’est avec maintes lourdeurs que nous est décrite cette aventure. Romain Goupil filme à hauteur d’enfant, mais jamais nous ne nous sentons proches d’eux. Leur jeu et leurs dialogues semblent bien trop calculés, artificiels, pour être crédibles. Pas un instant nous ne croyons en la perspicacité dont ils font preuve, trop improbable pour l’âge qu’ils ont (le rôle de la petite de 4 ans frôle à cet égard le ridicule).

Le désir du cinéaste de mettre en évidence la beauté des bambins et leur joyeuse spontanéité se fait bien trop sentir. Loin d’être émus, nous sommes agacés par l’accumulation de clichés sur l’enfance : voler des bombecs, graver des dvds pour les revendre en douce, chahuter en se brossant les dent (tout cela accompli à coup de rires et de regards émerveillés par diverses découvertes)... sont autant de moments où l’on nous désigne sans finesse ce qu’a de touchant l’innocence de ce monde menacé par la dureté des adultes. Une séquence de vacances à la campagne est notamment franchement exaspérante. On s’amuse à attraper des insectes, à grimper dans les arbres, à se baigner dans un cours d’eau, à manger des pommes cuites au feu de bois… Que c’est bon de savoir jouir ainsi du moment présent, en toute fraternité, alors que le danger menace, semble nous dire le film. Ce qui est réussi, en revanche, est que nous sentons bien, avec la mère devant gérer seule la marmaille (le mari choisissant d’être trop débordé par son travail), combien ces gosses peuvent être pénibles et fatigants à force d’agitation. Au comble du cliché, l’histoire d’amour innocente entre Blaise et Milana, qui 60 ans plus tard se souvient encore avec émotion du premier homme de sa vie : regards complices, échanges de mots doux sous la porte, élans de jalousie, appréhension de la séparation… rien ne nous est épargné.

Le régime sarkoziste est explicitement dénoncé, ce qui ne manque pas de faire sourire au vue du casting du film (selon Goupil toutefois, Valéria Bruni Tedeschi aurait été choisie avant 2007). Le personnage de Cendrine aurait pu être intéressant : qu’est-ce qui motive en effet cette mère de famille jouissant d’une vie confortable, à prendre sous son aile une pauvre immigrée ? Agit-elle par pur altruisme ? Pour se donner bonne conscience ? Parce que sa vie finalement l’ennuie ? Mais rien de bien intéressant n’est fait autour de telles questions (si ce n’est peut-être une scène confrontant Cendrine à son frère – Hippolyte Girardot -, et une autre à son mari – Romain Goupil-, qui remettent en question son comportement).

Les Mains en l’air est ainsi une fable politique sans profondeur ou, au choix, une comédie dramatique agaçante. Il ne fait ni sourire, ni s’attendrir, et surtout pas réfléchir. Les projections faites devant des enfants ont visiblement suscité le grand intérêt de ces derniers. On ne s’en étonne pas, il est sans doute efficace de leur décrire des personnages dans lesquels ils se retrouvent pour les sensibiliser, dans un récit simple, au problème de l’expulsion des sans papiers. Mais le film ne prétend pas s’adresser uniquement à des enfants, et en cela il rate sa cible. L’opposition manichéenne entre les gentils innocents et les méchants dirigeants est trop simpliste pour faire réfléchir tout éventuel raciste, ni pour nous donner envie de creuser la problématique de la situation évoquée, si limpidement scandaleuse. Rien à dire donc de plus, sur l’inutilité d’un film politique qui n’invite pas à penser mais démontre le bien-fondé de son message.

Marion Pasquier