Après Benda Bilili !, un autre attrape-applaudissements compassionnel : au pays de Jaco Van Dormael et son Huitième Jour (le plat pays, donc : de longs panos nous rappellent complaisamment à quel point c'est plat), des trisomiques rejouent les Rois Mages en noir et blanc. Pourtant, malgré les tics esthétisants et l'étrangeté m'as-tu-vu, on aura cru un petit moment à la pertinence de la démarche. Peut-être parce que dans sa première partie (le film est divisé en trois Noëls), la présence exclusive des handicapés dans le récit (hormis les maniérismes du réalisateur) donne l'illusion de désamorcer tout affect dans le regard qu'on leur porte, laissant à penser que ce travail sur le regard du spectateur était peut-être dans les intentions de la mise en scène. Mais le film avance, développe son postulat de départ en se contentant d'empiler l'une sur l'autre les clichés de vitrail d'église (un des Rois Mages trouve l'illumination et disparaît ; un autre, celui qui a l'air sérieux avec son haut de forme et ses lunettes, vend son âme au diable), et de tout ce salmigondis de foire ne se dégage que l'éternel extrait évangélique devenu slogan publicitaire pour tolérance hypocrite : bienheureux les simples d'esprit. De la poésie filmique enluminée, boursouflée et finalement assez exécrable.