Ovation méritée pour Frederick Wiseman à la Quinzaine des Réalisateurs lors de la projection (en sa présence) de son petit (pour la durée seulement !) dernier : Boxing Gym.

Un documentaire moins long que d’ordinaire, mais un mode opératoire inchangé : le cinéaste s’immerge dans un lieu et filme les gens qui le peuplent, sans chercher à tout prix l’extraordinaire par la dramatisation, mais en privilégiant au contraire le banal quotidien. Une routine qui devient sous le prisme de la caméra de Wiseman, une étonnante représentation pour le spectateur.

Cette fois-ci, c’est dans une salle de boxe d’Austin au Texas, que le documentariste choisit d’enregistrer le réel. Par déduction, le spectateur découvre que la salle est tenue par un ancien boxeur professionnel qui entraine toutes sortes de sportifs : de la mère de famille à l’adolescent obèse, en passant par le jeune champion. La salle de boxe tient ainsi un rôle social, favorisant les échanges entre les différentes classes, les différents âges et sexes, de la société américaine. Un lieu de liens.

On ne peut pas dire de Wiseman qu’il s’efface. Non, on le sent parfois orienter la caméra, par un choix de cadrage amusant, ou en tranchant la question du champ et du hors-champ lors d’une discussion entre deux boxeurs. Décider qui cadrer, savoir remettre en question ce choix en réagissant à ce que qui se dit au cours du dialogue, voilà ce qui rend signifiante la présence du documentariste. C’est dans ces moments où la restitution d’échanges authentiques est opérante, que l’on comprend que la qualité de Wiseman n’est pas de se faire oublier mais de se faire accepter de tous.

Et quoi de plus stimulant pour l’exercice du montage que la rythmique inhérente à la boxe : des coupes franches aux allures de coups de poings. L’art du montage chez Wiseman relève également du lien. C’est en créant au montage des relations entre les moments filmés, qu’ils deviennent regards partagés, et discours possibles sur l’état d’une société.

Dans la salle de boxe, Wiseman a trouvé un sujet qui se fond parfaitement avec sa manière de faire : il monte au rythme des crochets et des tressautements des sportifs et cadre avec fantaisie ces corps en plein effort. Un joyau dans la longue filmographie d’un grand documentariste.